Ford tremble. Jaguar frémit. Il y a quelques semaines le coup passa bien près, et ce fut Aston Martin qui quitta le giron américain pour les rives douillettes du Koweit, en attendant les affres spéculatives d’un fonds de pension. Chez le félin, rien ne bouge sauf les ventes, irrésistiblement attirées vers le bas. La gamme vieillit. La X-Type, cousine germaine de la Ford Mondéo (ce qui n’est en rien une tare), censée attirer un nouveau public vers la marque n’a pas rempli son office. Son succès aurait pu permettre au constructeur américano-britannique de se concentrer sur le nécessaire renouvellement de ses fleurons. La XK s’est « aston-martinisée » et cherche ses fans. La XJ inamovible navire-amiral et la S-Type avec ses rondeurs nostalgiques préparent leurs adieux. Un dernier tour avant les larmes.
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Dehors
Les quatre yeux ronds de la S-Type semblent vaguement tristes. Ce regard joufflu et sympathique en fait une star des jolies sous-préfectures à villas et des quartiers bien mis aux façades haussmanniennes. De face, c’est la MK II ressuscitée ; le profil hésite entre la fidélité aux gènes et une molle modernité. Le dessin de la malle n’a pas résisté. La S-Type cultive toutes ses ambiguïtés. Un style trop retenu, cherchant à s’affirmer dans une posture proche d’hier et n’osant pas vraiment. Pourtant, si ce dessin mi-culte mi-passe-partout lui a épargné la banalité des modèles équivalents, elle est loin du triomphe qui lui était promis à son lancement.
La XJ, c’est la croisière s’amuse version anglaise, côté route. Toutefois, il est bon de rappeler que le blazer bleu marine à boutons dorés n’est pas fourni. Plus de cinq mètres d’aristocratie roulante, images de palace et de gens importants. Ses nombreuses vies depuis 1968 et sa présentation au Salon de Paris n’ont que peu affecté son allure générale à travers le temps. Sauf ces dernières années, où la « vieille dame » multiplie les liftings pour se donner un look de sportive musculeuse. Caisse abaissée, pneus démesurés, chromes très présents à croire que l’ambition de la marque est d’en faire un tube chez les rappeurs..
Dedans
C’est cossu et confort comme dans une noble bicoque anglaise. Le fumet des cakes en moins. Les moquettes sont abondantes et profondes, le cuir partout ne concédant que quelques centimètres carrés à la ronce de noyer, indispensable attribut des autos flatteuses. Le décor est le même entre les modèles. L’habitacle de la S-Type, plus ramassé, est de fait moins accueillant notamment pour les grandes jambes à caler aux places arrière. Pas de sièges dans la XJ, mais de larges et confortables fauteuils qui à eux seuls peuvent constituer une saine raison d’achat. C’est quasiment tout pour les différences. Les tableaux de bord sont identiques, au dessin peu simple et à l’ergonomie aléatoire.
En route. Conformément aux usages très répandus pour ce type d’automobile, le mazout s’impose. Foin des vils débats sur la « trahison » de Jaguar à son histoire, le diesel était une question de survie pour la marque. Donc, autant retenir un bon bloc. Ce qui fut fait avec le 6 cylindres de 2,7 litres de 207 chevaux développé par Ford et PSA et qui est tout bonnement épatant. La XJ et la S-Type ainsi dotées n’ont pas de prétention sportive –c’est tant mieux, mais suffisant au regard du poids des deux engins (la structure de la XJ étant en aluminium, elle affiche 110 kilos de moins sur la balance que la S-Type). C’est le silence de fonctionnement qui rend ce moteur si agréable. « Tactactac » retenu au démarrage et filet très contenu en route qui ne nécessite guère un réglage spécifique du sonotone.